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Contexte. Le microcrédit, bien que largement utilisé depuis les années 80 pour combattre la pauvreté, suscite des critiques quant à son efficacité durable, en raison du risque de surendettement et des résultats mitigés sur le revenu et la pauvreté à long terme. Les institutions de microfinance, souvent axées sur les prêts, cherchent à atteindre un double objectif : réduire la pauvreté tout en restant autosuffisantes, mais cette réussite est modérée. À Madagascar, où les fraudes dans le secteur de la microfinance sont en augmentation, le manque d’alternatives de financement fragilise les ménages vulnérables, malgré la prédominance du micro-entreprenariat. Parallèlement, le microcrédit a été promu comme moyen d’autonomiser économiquement les femmes, mais ses effets varient, et des obstacles persistent, tels que les inégalités préexistantes sur le marché du travail et des normes sociales leur étant défavorables. Bien que le microcrédit puisse potentiellement améliorer l’autonomie financière et le pouvoir de négociation des femmes, des défis subsistent, tels que la charge des tâches domestiques et la possibilité de contrôler leurs revenus, pouvant entraîner des effets pervers et aggraver leur situation dans certains cas.

Méthodologie d’évaluation. La question de recherche développée dans ce rapport est l’évaluation de l’impact du programme de microcrédit de VAHATRA sur l’amélioration des conditions de vie des bénéficiaires et de leurs familles, ainsi que sur l’émancipation des femmes. VAHATRA a été choisie pour cette étude car il s’agit de la plus grande Institution de Micro-Finance (IMF) accompagnée par ATIA avec plus de 17 000 emprunteurs en 2022. Le programme de VAHATRA comprend des services de prêts, d’épargne, et d’assurance santé avec la possibilité pour les familles les plus vulnérables de bénéficier d’un accompagnement psycho-social. Afin d’évaluer rigoureusement l’efficacité du microcrédit, deux phases de collecte de données ont été menées auprès d’un groupe de traitement (des bénéficiaires de VAHATRA) et d’un groupe de contrôle (des individus sans microcrédit mais étant de potentiels clients) à 16 mois d’intervalle. Il s’agit de la méthodologie de la Double Différence utilisée en évaluation d’impact lorsque la mise en place d’un essai contrôlé randomisé n’est pas possible. La première vague d’enquête a été réalisée en mai 2022. Nina Filipkowski, doctorante en contrat CIFRE en partenariat avec ATIA et l’Université de Bordeaux, a pu effectuer une mission en avril 2022 pour former les enquêteurs et suivre la collecte de données. La deuxième vague d’enquête a été effectuée en septembre 2023. Pour les deux vagues d’enquête, la collecte de données a été réalisée par IISS-ONG, une organisation spécialisée dans la conduite d’enquêtes terrain à Madagascar. 15 enquêteurs et 2 superviseurs ont été recrutés par IISS et formés par Nina Filipkowski. 1006 bénéficiaires et 503 individus témoins ont été enquêtés.

Résultats.

  • Le microcrédit favorise les activités génératrices de revenus, améliorant le chiffre d’affaires des AGR et le nombre d’employés.
  • Les prêts sont bien utilisés de manière productives et injectés dans le développement des AGR.
  • Il existe également un effet positif sur la régularité de l’épargne et la capacité à payer des dépenses de santé importantes, notamment grâce à l’épargne obligatoire et la mutuelle santé de VAHATRA. Cependant, ces effets sont temporaires puisque les bénéficiaires ne perpétuent pas ces comportements d’épargne et perdent l’accès à une assurance santé formelle lorsqu’ils arrêtent de prendre un crédit.
  • 20% des bénéficiaires qui arrêtent leur crédit le font parce qu’ils sont devenus financièrement indépendants et aspirent à ne plus dépendre du microcrédit. Ils peuvent soit utiliser leurs ressources propres ou ont eu de nouvelles sources de revenus (autre que le crédit) pour les aider à financer leur activité. Ces micro-entrepreneurs ont en moyenne un meilleur niveau de vie 16 mois après par rapport à ceux qui ont arrêté leur prêt pour d’autres raisons.
  • Le microcrédit a aussi un effet positif sur la scolarisation des enfants.
  • En termes de diagnostic genre, les femmes sont désavantagées sur les titres de propriété et les normes de genre, avec des violences conjugales présentes et souvent banalisées.
  • En termes d’effets sur le genre, le microcrédit a un effet positif sur l’autonomisation financière des femmes : l’accès à une AGR réduit leur dépendance financière vis-à-vis de leur mari et peut être un levier de résilience lorsque les femmes subissent des violences conjugales.
  • Pour la majorité des bénéficiaires en couple, la décision de création ou d’extension de l’AGR s’est faite de manière conjointe entre l’emprunteur et son conjoint. L’hypothèse est que l’augmentation des ressources grâce aux AGR des emprunteurs rend les enjeux plus importants et incite les couples à plus et/ou à mieux communiquer.
  • L’accès au microcrédit ne modifie pas les normes de genre, mais les femmes prenant l’initiative de prendre un microcrédit ont quand même tendance à avoir des normes de genre plus flexibles et plus égalitaire que les femmes sans microcrédit. Il est donc possible que des normes flexibles favorisent l’accès au microcrédit.
  • L’étude n’indique pas d’effets négatifs sur la santé psychologique des femmes ni sur les perceptions des violences conjugales. En revanche, l’augmentation des responsabilités et des charges liées au microcrédit a un effet négatif sur leur implication au sein de la communauté, un effet qui disparaît après plusieurs microcrédits.
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